Plus les jours passent, plus on craint de voir le futur TGV venir écraser le Sentier Prescott-Russell, dans l’est ontarien.
La première portion du projet de train à grande vitesse Alto ira de Montréal à Ottawa. Le corridor envisagé tombe pile sur cette région frontalière avec le Québec.
Récemment, le directeur général de la piste multifonctionnelle, Éric Collard, a été entendu par les membres du Conseil des Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) à ce sujet.
Ce dernier redoute les répercussions potentielles du projet qui doit occuper une grande portion du territoire.
«On sait qu’on est dans le dix kilomètres du corridor d’Alto», a-t-il mentionné devant le CUPR.
«On a été à une rencontre d’information sur le projet. Mais on a plus de questions que de réponses jusqu’à maintenant…»
Si le TGV s’installe sur le Sentier Prescott-Russell, les opérations seront complètement chamboulées. Ce parc récréatif sert à de multiples usages, comme la motoneige, le vélo et la marche.
«Une journée sombre»
Les commentaires recueillis auprès des usagers montrent que les gens adorent cet espace de paix en pleine nature qui offre l’air frais de la campagne, ajoute M. Collard.

«Ça va changer si un train à grande vitesse passe dans la région», lance-t-il.
«Il y a des impacts économiques et des impacts environnementaux. Mais les bénéfices du passage TGV seront minimes pour la région. Si ça arrive, ça va être une journée sombre pour le Sentier.»
Le parc linéaire de 72 kilomètres va de Rigaud au Québec à la région de la capitale canadienne. On estime à 120 000 le nombre d’utilisateurs l’an dernier.

Les investissements ont totalisé un million $ dans les cinq dernières années.
Cette infrastructure contribue ainsi au bien-être de la région, autant pour la santé mentale que physique, poursuit Éric Collard.
De plus, le Sentier Prescott-Russell attire des visiteurs d’un peu partout au Québec et en Ontario, dit-il.
D’ici 2029
On sait que le tracé du TGV (pouvant atteindre jusqu’à environ 320 km/h en service régulier) provoque des levées de boucliers dans cette région rurale. On aura besoin d’un corridor de 180 mètres de large.

Sur le site d’Alto, on mentionne que le segment Montréal-Ottawa a été retenu en premier pour entreprendre le chantier du train plus rapidement. Plus court et le plus simple d’un point de vue technique, «il offre l’itinéraire le plus rapide pour commencer les travaux et mettre les trains sur les rails.»
«Cette approche nous permet aussi de mobiliser des équipes de construction au Québec et en Ontario, ouvrant la voie à la construction des autres segments presque simultanément. Grâce à une distance plus courte et à une construction plus simple, les Canadiens en ressentiront les avantages plus rapidement. Dès le départ, deux villes clés seront reliées pour desservir l’Ontario et le Québec.»
La date du début du chantier n’est pas encore déterminée, mais la construction du premier segment entre Montréal et Ottawa devrait débuter d’ici quelques années., soit en 2029 ou en 2030. Il faudra compter de sept à dix ans pour la réalisation du projet, prévoit Alto.
Lors d’un entretien avec Le Cycliste du dimanche, M. Collard a dit espérer qu’un nouveau sentier soit construit en parallèle du TGV. Mais plus rien ne sera pareil. On devra clôturer le parcours du train, ce qui changera totalement l’environnement, fait-il remarquer.
Éloignée des zones habitées
Si j’avais le mandat de la compagnie d’élaborer un trajet pour le TGV (et surtout que je n’étais pas un adepte des pistes cyclables), il y a de fortes chances que je tracerais la ligne directement sur le Sentier Prescott-Russell. En partant, il s’agit d’ancienne voie ferrée.

Cette piste cyclable est relativement éloignée des zones habitées, ce qui limiterait les expropriations. Son corridor est situé dans une zone sauvage, souvent à la frontière de territoires agricoles.
Le relief est peu accidenté.
On peut penser que l’équipe d’Alto sera tentée d’y faire passer son train.
Le début des travaux en 2029 ou 2030, ce n’est pas demain matin, mais c’est quand même bientôt. Et quel chantier ça sera!
Sur le papier, un corridor idéal. Sur le terrain, un sentier bien réel… avec des usages bien ancrés. Le TGV n’est pas encore sur les rails, mais déjà, il laisse ses traces dans le paysage.
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