Les mots « pistes cyclables récréatives », « cyclotourisme » et « véloconomie » devraient être entendus beaucoup plus souvent dans l’actuelle campagne électorale provinciale.
À voir le nombre toujours grandissant d’adeptes sur les pistes cyclables, que ce soit pour le loisir, le cyclotourisme ou la mise en forme, force est de constater qu’il s’agit d’une clientèle importante que les partis politiques auraient intérêt à courtiser.

Pourtant, jusqu’à maintenant, on entend peu ou pas parler de vélo dans la course en vue de l’élection du 5 octobre prochain. Encore moins de sa portée économique, notamment dans les régions.
Et c’est dommage.
Le vélo n’est plus une activité marginale. Il fait partie du quotidien et des vacances de milliers de Québécoises et de Québécois. Il contribue à la santé, au tourisme, à l’économie régionale et à la vitalité de nombreuses municipalités.
C’est dans ce contexte que Vélo Québec a récemment présenté ses priorités électorales aux partis politiques. L’organisme a formulé dix recommandations structurées autour de quatre grands piliers.
Économie et santé
Pour ma part, deux éléments retiennent particulièrement mon attention : le cyclotourisme comme outil de développement économique régional et le vélo comme moyen de prévention en santé.
Dans sa recommandation numéro 10, Vélo Québec demande au prochain gouvernement de soutenir le « développement régional par la Route verte » et le « tourisme à vélo responsable et durable ».
L’organisme souhaite notamment que le cyclotourisme soit pleinement reconnu comme un pilier du développement touristique régional.
Le potentiel est pourtant loin d’être négligeable.
Selon Vélo Québec, le nombre de cyclotouristes a augmenté de 19 % depuis 2010. Le secteur génère aujourd’hui plus de 800 millions de dollars en dépenses touristiques par année, représente 465 millions de dollars dans le PIB du Québec et soutient directement plus de 6500 emplois.
Les cyclotouristes dépenseraient également en moyenne 6 % de plus que les autres touristes lors de leur séjour. Et surtout, ils favorisent un tourisme lent et local qui profite autant aux régions rurales qu’aux centres urbains.
Voilà une forme de tourisme qui mérite certainement davantage d’attention de la part du gouvernement.
La Route verte, une colonne vertébrale
Le développement du cyclotourisme au Québec repose en bonne partie sur la Route verte. Avec ses 5400 kilomètres, ce réseau cyclable constitue une véritable colonne vertébrale pour le tourisme à vélo au Québec. Depuis 1995, Vélo Québec en est le maître d’œuvre.

Autour de ce réseau s’est développé tout un écosystème d’entreprises : hébergements, campings, restaurants, attraits touristiques, entreprises de location et de réparation de vélos, transporteurs et gestionnaires de réseaux et associations touristiques régionales.
L’attestation Bienvenue cyclistes!, portée par Vélo Québec depuis 2005, compte d’ailleurs 465 établissements actifs en 2026, répartis dans 250 municipalités à travers le Québec.
Le secteur est donc bien vivant.
Pourtant, le Québec ne dispose toujours pas d’une structure de concertation permanente et officiellement reconnue pour accompagner l’ensemble de ces entreprises et défendre leurs intérêts auprès de l’État. C’est pourquoi Vélo Québec demande que le ministère du Tourisme reconnaisse officiellement un regroupement sectoriel consacré au tourisme à vélo et lui donne les ressources nécessaires pour accompagner la croissance de ce secteur.
Des budgets pour entretenir… et développer
La recommandation numéro 7 de Vélo Québec retient également mon attention.
L’organisme réclame que le gouvernement soutienne l’entretien des réseaux de plein air et assure l’accès à la nature de proximité. En clair, il faut prévoir des budgets adaptés aux coûts grandissants des réparations et de l’entretien des réseaux cyclables.

Et j’ajouterais une chose : il faut également prévoir des budgets pour développer de nouveaux tronçons.
La popularité des pistes cyclables récréatives ne cesse de croître, d’où la nécessité d’agrandir le réseau. Des projets sont en attente un peu partout au Québec d’ailleurs.
Il suffit de parcourir certaines pistes lors d’une belle journée d’été ou d’automne pour le constater. Familles, groupes d’amis, couples, cyclistes sportifs et cyclotouristes sont de plus en plus nombreux à rouler sur les pistes cyclables.
Le Québec possède déjà un formidable réseau cyclable. Mais il ne faudrait pas tenir pour acquis que ce qui a été construit au cours des dernières décennies suffira à répondre aux besoins des prochaines années, note Vélo Québec.
Entretenir, améliorer et développer de nouvelles infrastructures devrait faire partie d’une véritable vision à long terme.
« Le 5 octobre, je vote vélo »
L’Association des réseaux cyclables du Québec (ARCQ) souhaite elle aussi que l’industrie cycliste trouve sa place dans la campagne électorale.
Dans une récente publication sur Facebook, l’organisme a lancé un slogan on ne peut plus clair: «Le 5 octobre, je vote vélo.»

L’ARCQ interpelle directement les chefs de parti et les invite à prendre position.
« Qu’il soit actif, récréatif, sportif ou touristique, qu’il soit musculaire ou assisté, le vélo fait partie de la vie des Québécois et Québécoises », souligne l’association.
On souhaite que le message soit entendu par les candidats de toutes les régions et par les chefs des partis qui aspirent à diriger le Québec de demain.
Bref, le vélo mérite sa place dans la campagne. Ce n’est pas seulement une question de transport. C’est aussi une question de santé. C’est du tourisme. C’est du développement économique. C’est de l’activité physique accessible.
Alors que les Québécoises et les Québécois seront appelés aux urnes le 5 octobre prochain, espérons que les mots liés vélo trouveront une place dans les discours électoraux.

