Pierre Nadon, un oiseau rare

Pierre Nadon, un oiseau rare

On peut dire de Pierre Nadon qu’il est un oiseau rare. Pas seulement en raison de sa passion pour l’aviation.

Pierre Nadon / Facebook

Surtout pour sa façon de dévorer les kilomètres de pistes cyclables, ici au Québec ou l’hiver en Floride.

Pour l’homme de 72 ans, tout se fait en solo, pas le temps d’attendre d’autres cyclistes. Il y a tant à découvrir qu’on doit filer à son rythme.

Pierre Nadon, de Saint-Jérôme, a adopté le vélo à assistance électrique il y a quelques années. Depuis, le monde lui appartient.

«Chaque fois que je découvre quelque chose, je dois aller jusqu’au bout», lance-t-il.

Un accident d’avion

Mais pour mieux cerner le bonhomme, on doit remonter en 1985. Cet ancien policier du SPVM  est propriétaire d’un avion Cessna. À l’époque, donc, c’est le ciel qui lui appartient.

Pierre Nadon entreprend des expéditions à travers le Québec du haut des airs. Le pilote découvre notamment le nord de la province.

Le Quotidien 27 juin 1985 / BAnQ numérique

En juin, avec deux autres personnes à bord, son appareil s’écrase dans les Monts-Valin, au nord de Saguenay. Un des passagers est décédé. Une femme qui les accompagne a subi des blessures mineures, mais un sévère choc nerveux.

M. Nadon en a gardé des séquelles physiques.

«Je ne suis pas capable de forcer de la jambe gauche. J’ai une cheville morte. Je ne suis pas capable de pédaler normalement, explique-t-il.

Après avoir épousé quelques activités de plein air comme la pêche en chaloupe et le camping sauvage, il découvre le vélo à assistance électrique. Le coup de foudre est total.

En quatre ans, le nouveau cycliste parcourt plus de 22 000 kilomètres! Toujours sur des pistes cyclables. «Je ne fais pas de route. J’aime le silence des pistes cyclables», résume-t-il.

Il a évidemment roulé de long en large le P’tit train du Nord, parc linéaire près de chez lui. Ses randonnées l’ont mené en Beauce, dans Bellechasse, à Québec, dans Portneuf, etc.  Ailleurs au Québec, comme en Montérégie. «Quand je vois sur Facebook que quelqu’un est allé rouler sur une nouvelle piste cyclable que je ne connais pas, je veux y aller», dit-il.

Et deux hivers en Floride au compteur.

Dans les plans de Pierre Nadon pour l’été prochain, figure entre autres, le Petit Témis dans le Bas-Saint-Laurent.

Dormir dans la voiture

Mais voici un cycliste atypique. Son leitmotiv est l’autonomie. Pourquoi?

Si le coin est intéressant, s’il y a autre chose à découvrir dans la région, il poursuit son séjour même si ce n’était pas prévu.

«Je dors dans ma voiture. Je suis tout équipé. Je me trouve un endroit tranquille où me stationner pour la nuit. J’installe des rideaux dans les vitres pour faire de la noirceur et je dors», mentionne l’énergique monsieur.

«Je me lève et je suis prêt à partir. J’ai identifié des blocs sanitaires pour faire ma toilette. Je cherche aussi des endroits pour brancher mes batteries de vélo. Il y en a de plus en plus le long des pistes cyclables. C’est pratique.»

«Je suis solitaire»

Le vélo de groupe, très peu pour lui. Des expériences avec d’autres cyclistes ne l’ont pas enchanté, tranche-t-il.

Pierre Nadon et son vélo / Facebook

«Je suis toujours tout seul. J’ai déjà roulé avec d’autres cyclistes et je n’ai pas aimé ça. Les entendre sacrer et parler de pickup toute la journée, pis finir avec de la bière je n’étais pas capable», se souvient-il.

«Qui voulez-vous qui me suive? Je roule de 80 à 100 kilomètres chaque jour. Mon record est 164 kilomètres dans une journée. Je n’arrête pas longtemps le midi. 15 minutes et je suis reparti! Ce n’est pas tout le monde qui peut suivre ce rythme. Je préfère rouler tout seul. Je suis solitaire. Pas un gars de gang.»

Pour garder un tel entrain, pour garder la forme, Pierre Nadon privilégie la saine nourriture. Il est aussi devenu un adepte des produits Usana, des suppléments nutritionnels.

«J’en prends depuis deux ans. J’ai réglé plusieurs problèmes de santé avec ça», jure-t-il.

À 72 ans (bientôt 73), Pierre Nadon n’a rien à prouver à personne. Il roule seul, à son rythme, porté par une curiosité intacte et un besoin viscéral de liberté.

Sur les pistes cyclables du Québec comme sous le soleil de la Floride, il avance sans plan rigide ni horaire serré, simplement pour voir jusqu’où le chemin peut le mener. Pour lui, pédaler n’est pas une performance : c’est une façon d’habiter le monde.


Ce texte parle des pistes cyclables des régions:

Bas-Saint-Laurent

Montérégie

Chaudière-Appalaches

Laurentides

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